[Etre agriculteur aujourd'hui] Parole à Gaëtan Bodin

[Etre agriculteur aujourd'hui] Parole à Gaëtan Bodin

"Je suis avant tout un passionné et un amoureux de la nature, passion transmise par mon père. La gestion d’une entreprise est également une source de motivation. J’aime comprendre comment se font les choses et pas simplement les produire. Nous travaillons tous les jours sur l’amélioration de nos pratiques culturales et de nos méthodes."

Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis associé avec mon père dans une exploitation à la fois viticole et grandes cultures en Charente-Maritime. Nous avons 35 hectares de vignes, en appellation Cognac, que nous distillons et qui sera par la suite vendu en eau de vie de Cognac. Nous avons également 80 ha de culture allant du tournesol au maïs en passant par le blé dur, le colza ou encore l’orge. 

C’est quoi être agriculteur au quotidien aujourd’hui ?
C’est avant tout le travail de la terre et le rapport à la nature. Une nature qui fait partie de notre quotidien et qu’on ne maîtrise pas forcément. D’un autre côté, l’agriculture au sens large s’est très largement professionnalisée. Je cumule donc mon métier d’agriculteur avec celui de chef d’entreprise. Une position de gestionnaire qui me prend de plus en plus de temps alors que l’exploitation grandit.  

Qu’est ce qui vous motive le plus dans votre métier ?
Je suis avant tout un passionné et un amoureux de la nature, passion transmise par mon père. La gestion d’une entreprise est également une source de motivation. J’aime comprendre comment se font les choses et pas simplement les produire. Nous travaillons tous les jours sur l’amélioration de nos pratiques culturales et de nos méthodes. En tant qu’entrepreneur, je suis également motivé par le développement de nouveaux projets et le lancement de nouvelles activités pour être plus résilient dans un secteur toujours incertain puisque soumis aux aléas de la nature. 

"La France et l’agriculture sont indissociables. On n’imagine pas une France sans vignes ni champs. Et pourtant, l’agriculture se doit d’être toujours plus performante et responsable pour répondre à des attentes sociétales grandissantes."

Si vous deviez décrire l'agriculture en 2 mots, ce serait ?
Savoir-faire et Qualité.
Un savoir-faire essentiel pour répondre à des impératifs de qualité de plus en plus fort. Pour exemple, l'appellation en Cognac est exigeante, avec un cahier des charges de plus en plus technique et une vraie rigueur dans le suivi. 

L’avenir de la viticulture et de l’agriculture, vous le voyez comment ?
La France et l’agriculture sont indissociables. On n’imagine pas une France sans vignes ni champs. Et pourtant, l’agriculture se doit d’être toujours plus performante et responsable pour répondre à des attentes sociétales grandissantes. La qualité est déjà un axe fort, notamment sur des appellations telles que Cognac, et elle le sera encore plus demain. L’agriculture, c’est aussi des acteurs capables de s’expliquer sur leurs pratiques au regard de l’opinion publique, des riverains et des politiques. 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au quotidien ? 
La première des difficultés en tant qu’agriculteur ou viticulteur, c’est la vision du métier. Le regard porté sur les agriculteurs et viticulteurs est dur, souvent plein de préjugés. En parallèle de ça, les prises de parole de la profession sont rares, même si au niveau local, nous échangeons beaucoup avec les riverains. Des discussions constructives qui montrent souvent le manque d’informations du grand public sur la réalité des pratiques agricoles et le pourquoi de ces pratiques. 
Autrement, j’ai les mêmes difficultés qu’un chef d’entreprise classique : gestion des personnels, organisation du travail, … C’est un métier prenant, sans horaires et qui nécessite un investissement de tous les jours.

"L’agriculture, c’est aussi des acteurs capables de s’expliquer sur leurs pratiques au regard de l’opinion publique, des riverains et des politiques. "

Quel est votre ressenti sur votre secteur en cette période Coronavirus ? 
La crise en cours aura forcément un impact, lequel, on ne le connaît pas pour le moment. Et pour autant, le travail n’a pas changé, nous ne pouvons pas nous arrêter du jour au lendemain ou encore télétravailler. Notre place est dans les champs, dans les vignes, avec nos collaborateurs. Des collaborateurs qui eux aussi préfèrent travailler plutôt que de rester chez eux. Côté gestion, il y a de bonnes choses à retenir, telles que les visios, qui montrent que d’autres modes de fonctionnement sont possibles. Il y aura du bon à retirer de tout ça.